Tony Montana n'est pas le petit bourgeois qui hérite d'une grande fortune et qui dilapide sans savoir quoi en faire. Tony vient de loin. Il arrive par bateau de Cuba, avec un passé louche, comme en témoigne la cicatrice sur sa joue. Il dit n'avoir ni père ni mère. Tony est seul au monde et se crée tout seul. Car le petit Tony se tranforme en Monsieur Montana par la seule force de sa volonté. Il est l'exemple absolu de l'indépendance, suivant son instinct, ses envies. D'une froideur apparente, il ne montre aucun sentiment devant les plus gros caïds de la drogue ou devant la mort de ses amis.
Pourtant, Tony n'est pas le monstre qu'il veut bien laisser paraître. Au moment de tuer des enfants innocents, il recule, écoutant sa conscience afin d'être en paix avec lui-même, bien que celà le mène à sa perte. Tony est un être entier. Il ne fait de concessions ni à ses amis, ni à lui-même. Son but: atteindre son idéal. Son idéal: l'indépendance. Et l'indépendance est synonyme de puissance, de richesse, et parfois de solitude. Comme le dit le néon qui orne le globe terrestre doré dans l'entrée de la demeure de Tony: <<The world is yours>> (le monde t'appartient).
Tony est l'incarnation du rêve américain, celui pour lequel tant de personnes ont émigré afin de trouver fortune. Il va prendre ce rêve à bras le corps et ne lui donner d'autres choix que de se réaliser. Il n'a pas d'autres alternnatives. Devant le club <<Little Havana>> et ses caïds de la drogue, il saisit sa chance et quitte la baraque a frites où il allait devenir un citoyen, respectable certes, mais un citoyen prisonnier pauvre et sans relief. Tony a le courage de quitter cette vie sans avenir pour aller vers son destin, celui qu'il a décidé de se forger, et celà sans détour. Il entre directement dans le grand banditisme. Lors de sa première mission, il perdra un homme, mais gagnera bien plus: la première pièce du pouvoir, celle de la confiance. Passant tout d'abord pour l'idiot du village, Tony saura se servir lui-même de ceux qui l'ont fait entrer dans le milieu et qui lui font confiance, n'hésitant pas à retourner la situation à son avantage, prenant la tête d'un réseau de trafiquants, emportant même avec lui la femme de son patron.
Dans sa chemise hawaïenne, symbole du rêve, avec ses cocotiers et ses couleurs flamboyantes, Tony serait presque un panneau publicitaire pour le paradis, affichant clairement ce qu'il veut: le rêve américain incarné par la Floride, avec son soleil, ses filles, son argent. Tout semble si simple à Miami... Loin de passer inaperçu, Tony se montre, comme il désigne la cicatrice sur la joue. Il débarque en Amérique, et il faut que ça se sache: autour de Tony, c'est la déferlante de couleurs, de coups de feux, d'éclaboussures de sang. Tony agit au grand jour. Lors de sa première mission, il n'hésite pas à tirer a bout portant dans la rue, maître de la ville dans son énorme voiture, lui-même couvert de sang.
Tony est un spectacle à lui tout seul, se servant des autres à son profit, dérangeant l'ordre établi, forçant le monde à s'adapter à ses rêves. Derrière un bureau, il se détache sur fond de coucher de soleil kitsch, simulacre qui a le mérite d'être palpable. Pourquoi attendre ce que l'on peut posséder directement chez soi?
Tony revêt rapidement le costume trois pièces. Blanc, Bleu, ouvert sur des chemises en soie colorées, elles-mêmes découvrant le torse couvert de chaînes en or. Tony choisit le costume traditionnel du chef de gang. Il ne cherche pas à se créer une identité propre, il adopte directement ce qui était son rêve. Tout le talent de Tony est de s'approprier ce qui ne lui était pas destiné. Il épouse le rêve américain directement faisant de sa maison le symbole de la réussite, réunissant tout ce qu'il peut y avoir de plus cher, de plus clinquant, y compris sa femme. Moquette zébrée, télésurveillance, coffre fort, champagne, tout y est. Avec cette maison, Tony nous lance au visage son succès, comme pour nous défier, nous prouver qu'il a réussi, envers et contre tout, qu'il a accompli son rêve, sans concession.
Mais Tony ne serait pas devenu un tel symbole si une once d'humanité ne l'avait pas animé. C'est peut-être ce qui fit sa perte. Tony est un personnage attachant malgré sa violence, au-delà de sa soif de réussite, sa soif de posséder inaltérable. Car de sa vie d'avant, Tony a conservé quelques valeurs, et notamment celle de la famille. Alors que sa mère ne le considère plus comme son fils, il a la volonté de l'aider. Tony est un homme blessé qui ne sait plus discerner le bien du mal mais qui conserve une souffrance terrible sans savoir comment la soigner. C'est bien ce qui fait sa force, car chacun peut se reconnaître en lui. Chacun tente de concilier des ambitions parfois démesurées et des valeurs, des racines qui tendent a disparaître dans une société uniformisée.